LES TYPES DE
DISCOURS
Adriana-Gertruda Romedea
Résumé. Le discours est une
organisation transphrastique qui fait appel à des structures qui respectent les
règles en vigueur dans la communauté déterminée concernant le plan du texte, la
longueur de l’énoncé etc. Il est construit en fonction d’une finalité, donc il
est « orienté » pour aller quelque part, même s’il peut parfois
dévier en cours de route ou changer de direction. Le discours « est pris
en charge », c’est-à-dire le locuteur peut modifier son degré d’adhésion,
attribuer la responsabilité à quelqu’un d’autre, commenter sa propre parole,
thématiser. Il est conçu comme le produit de l’énonciation, il caractérise la
manière de parler, la qualité de l’expression et le style de la locution, mais
il est une organisation au-delà de la phrase. Le passage d’un discours à
l’autre s’accompagne d’un changement dans la structure et le fonctionnement des
textes qui gèrent le discours.
Selon Patrick Charaudeau, «Communiquer,
c’est procéder à une mise en scène»[i].
En s’appuyant sur l’espace scénique, les décors, la lumière, la sonorisation,
les comédiens, le texte, le metteur en scène essaye de produire des effets de
sens à l’adresse d’un public qu’il imagine. De la même manière le locuteur
utilise les composantes du dispositif de la communication pour produire des
effets sur son interlocuteur, réel ou imaginaire.
L’acte de communication présuppose plusieurs composantes, à savoir: la
situation de communication (physique ou
psychique), le mode d’organisation du discours (qui constituent
les principes d’organisation de la matière linguistique), la
langue (le matériel verbal) et le texte (le résultat matériel de l’acte de communication).
La notion de discours est employé le plus souvent comme : « Un ensemble de règles anonymes, historiques, toujours déterminées dans
le temps et l’espace qui ont défini à une époque donnée, et pour une aire
sociale, économique, géographique ou linguistique donnée, les conditions
d’exercice de la fonction énonciative ».[ii]
Cela signifie que tout discours s’organise en fonction de la période historique
dans laquelle il est conçu. Pourtant, nous ne devons pas oublier qu’à chaque
discours correspond une finalité qui vise l’action d’énoncer, de décrire, de raconter ou d’argumenter quelque chose. En fonction de ces finalités,
Patrick Charaudeau dans Grammaire du sens et de l’expression [iii],
identifient quatre modes d’organisations du discours, à savoir : énonciatif,
descriptif, narratif et argumentatif.
1.
Le mode
d’organisation énonciatif
Ce mode d’organisation permet « la mise en scène » des
protagonistes de l’énonciation, leur identité, leurs relations à l’aide des
procédés de modalisation, des « rôles énonciatifs » (alocutif,
élocutif, délocutif). Néanmoins, on ne doit pas confondre le mode
d’organisation énonciatif dont les protagonistes sont des êtres de paroles,
internes au langage, avec la situation de communication dans le cadre de
laquelle nous parlons de partenaires des actes de langage, d’êtres sociaux,
externes au langage ; ou même avec la modalisation qui est une
catégorie de langue qui regroupe l’ensemble des procédés strictement
linguistique pour permettre au locuteur d’exprimer explicitement son point de
vue locutif en tant que le mode d’organisation énonciatif est une catégorie du
discours qui témoigne de la façon dont le sujet parlant agit sur la mise en
scène de l’acte de communication.
Le discours énonciatif accomplit trois fonctions, c’est-à-dire :
il doit établir un rapport d’influence entre le locuteur et l’interlocuteur, il
relève le point de vue du locuteur et témoigne de la parole de l’autre tiers.
Par le
rapport d’influence, le locuteur agit sur l’interlocuteur (point de vue
actantiel) et, par l’acte de langage du locuteur, l’interlocuteur est appelé,
ayant la possibilité de répondre et/ou d’agir à son tour. Par cette action, le
sujet parlant s’attribue et attribue à l’interlocuteur des « rôles langagiers » de deux
ordres : soit de supériorité par rapport à l’interlocuteur, qui
vise l’exécution d’une action (interpellation, injonction, autorisation,
avertissement, jugement, etc.) pour établir un rapport de force, soit d’infériorité
par rapport à l’interlocuteur qui vise le besoin de « savoir » et
du « pouvoir faire » de celui-ci (c’est le cas des modalités d’«Interrogation» et de «Requête») pour illustrer un rapport de
demande.
|
Relations
énonciatives |
Spécifications
énonciatives |
Catégories
de langue |
|
La
relation à l’interlocuteur La
relation au dit (point de vue situationnel) La
relation à l’autre tiers (témoignage sur le monde) |
Rapport
de force (locuteur/ interlocuteur) |
Interpellation Injonction Autorisation Avertissement Jugement Suggestion Proposition |
|
Rapport de demande (locuteur/
interlocuteur) |
Interrogation
Requête |
|
|
Mode de
savoir |
Constat savoir/ignorance |
|
|
Evaluation |
Opinion Appréciation |
|
|
Motivation |
Obligation
Possibilité
Vouloir |
|
|
Engagement |
Promesse Acceptation/refus Accord/désaccord Déclaration |
|
|
Décision |
Proclamation |
|
|
Comment
s’impose le monde |
Assertion |
|
|
Comment
parie l’autre |
Discours
rapporté |
1. Les composantes de la construction énonciative [iv]
Le sujet parlant énonce sa position aussi par rapport à ce qu’il dit
sur le monde, sans que l’interlocuteur soit impliqué en cette prise de
position. La position du sujet parlant apporte en même temps en discussion le
problème de la subjectivité qui donne au Propos énoncé la valeur de vérité. Le
propos référentiel se trouve ainsi situé dans l’univers du discours du sujet
parlant et réalise un point de vue situationnel spécifié en :
- Point de vue du mode de savoir qui précise de quelle façon le locuteur a connaissance d’un
Propos ;
- Point de vue d’évaluation qui identifie la façon dans laquelle le sujet juge le Propos énoncé
(opinion, appréciation) ;
- Point de vue de motivation qui précise la raison pour laquelle il réalise le contenu du Propos
référentiel (obligation, possibilité, vouloir) ;
- Point de vue d’engagement qui vise le degré d’adhésion au Propos (promesse, acception/refus,
accord/désaccord, déclaration) ;
- Point de vue de décision qui
précise le statut du locuteur et le type de décision que l’acte d’énonciation
réalise (proclamation).
Un autre type de relation énonciative s’établit entre le locuteur et
l’autre tiers, c’est-à-dire un discours. En ce cas, le locuteur s’efface de son
acte d’énonciation et n’implique ni l’interlocuteur. C’est pourquoi il ne
s’assume pas le discours et l’énonciation prend une forme apparemment objective
(le discours rapporté). Selon l’intention du narrateur, le discours peut être
rapporté : mot par mot (le discours direct), et de cette
façon les paroles forment un tout indépendant, distingué par la ponctuation (Il
lui cria : « Je reviendras demain pour t’aider »), en substance, plus ou moins fidèlement
(Il lui cria qu’il reviendrait le lendemain pour l’aider.), ou en
conservant le ton, le mouvement, jusqu’à la forme parfois du discours
direct (le discours indirect libre : Il put lui crier quelques
mots : Il reviendrait l’aider le lendemain.).
2. Le mode d’organisation descriptif
Le discours descriptif vise à informer, à inciter, à expliquer et se
réalise sur trois niveaux : la Situation de Communication qui
assigne une finalité au texte, le mode d’organisation du discours qui
utilise des catégories de langue et le type de discours mis en place par
la situation.
Un exemple éloquent de type de discours descriptif le constitue la
recette de cuisine (type de texte) qui offre un modèle à suivre (la situation
de communication) et décrit une succession d’actions ou d’actes énonciatifs qui
sont des demandes à faire (le mode d’organisation du discours). Un autre exemple pourrait être
représenté par le Catalogue de vente, le Manuel scolaire ou les textes à
caractère didactique :
« Le cœur est un muscle creux, situé en
avant, entre les deux poumons, dans la cage du thorax (poitrine), à l’endroit
où se réunissent les grandes troncs des veines et des artères. Son extrémité
inférieure, terminée en pointe, se dirige un peu obliquement vers la gauche. Il
est enveloppé par un sac membraneux replié sur lui-même, qu’on nomme
péricarde » [v] qui informe le public sur
différents aspects de la vie sur la Terre.
Le résultat du mode d’organisation descriptif
est la description, utilisée généralement en opposition avec le récit. Cette
opposition est mise en évidence par des traits spécifiques, à savoir : la
description est statique, hors du temps et de la succession des événements,
elle n’a pas un statut autonome, existant seulement comme une des composantes
du récit, mise à son service, pendant que le récit est dynamique, inscrit dans
le temps et décrivant la succession des actions. Dans la littérature française
se font remarquer des grands écrivains tels : Balzac, Flaubert, Stendhal,
Zola, qui ont réalisé des descriptions impressionnantes en ce qui concerne le
contenu, mais aussi les dimensions. Nous avons choisi pour prouver notre
argumentation, un fragment de Germinal, d’après E. Zola :
« Dans la
plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur
d’ancre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix
kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves.
Devant lui, il ne voyait pas même le sol noir, et il n’avait la sensation de
l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges
comme sur la mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terre nues.
Aucune ombre d’arbre ne léchait le ciel, le pavé se déroulé avec la rectitude
d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres».[vi]
Cette description a le rôle
d’introduire le protagoniste dans le roman et de le localiser dans le temps et
dans l’espace. De cette manière l’écrivain nous donne quelques informations sur le cadre dans lequel iront se développer les actions
futures.
Le Descriptif est un mode
d’organisation qui inclut trois types de composantes. La première c’est nommer,
c’est-à-dire « donner existence à un être, au terme d’une double
opération »[vii].
C’est le mode d’organisation qui produit les taxinomies (grilles,
représentations hiérarchisées, etc.), les inventaires (fichiers,
catalogues, index, guides, etc.) et toute sorte de listes qui
construisent ou passent en revue certains êtres de l’univers qui ont le rôle d’informer,
d’expliquer, d’inciter.
La deuxième composante est localiser-situer.
Cela signifie « déterminer la
place qu’occupe un être dans l’espace et dans le temps et apporter à cet être
des caractéristiques dans la mesure où il dépend, pour son existence, pour sa
fonction, bref pour sa raison d’être, de sa position spatio-temporelle»[viii],
comme dans l’exemple suivant :
« Je me trouvais à Mantoue il y
a quelques années, je cherchais des ébauches et de petits tableaux en rapport
avec ma petite fortune, mais je voulais les peintres antérieurs à l’an
1600… ».[ix]
La dernière composante est qualifier,
c’est-à-dire attribuer à un être, de
manière explicite, une qualité qui le caractérise en propre et le
spécifie en le classant de nouveau dans un sous-ensemble. Toute qualification
témoigne du regard que le sujet parlant porte sur les êtres du monde, donc de
la subjectivité qui lui permet de satisfaire le désir de « possession du
monde ». « C’est lui qui le singularise, le spécifie, lui donne une
substance et une forme particulières, en fonction de sa propre vision des
choses qui passe par sa rationalité, mais aussi par ses sens et ses
sentiments. »[x].
Bref nous parlons en ce cas de la manière de laquelle chaque personne perçoit
le monde entier, c’est pourquoi nous considérons que le meilleur exemple de
qualification est un poème en prose de Baudelaire:
Le port
«Un port est un séjour charmant pour
une âme fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel, l’architecture mobile
des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares,
sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les
lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, , auxquels la
houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l’âme le
goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir
mystérieux et aristocratique pour celui qui n’a plus ni curiosité ni ambition,
à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces
mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont
encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir. »[xi]
Les sujets parlants qualifient les
êtres aussi en fonction des normes de la pratique sociale : relatives aux
sens (odorat, toucher, ouïe, vue, goût) ou fonctionnelles (à qui servent les
objets, quelle est leur finalité pragmatique, pourquoi il possède telle ou
telle qualité). « Qualifier est donc une activité qui permet au sujet
parlant de témoigner de son imaginaire, individuel et/ou collectif »[xii]
3. Le mode d’organisation narratif permet d’organiser la
succession des actions et des événements dans lesquels ces êtres sont
impliqués.
Arrivant à ce niveau, nous revenons
à l’observation antérieure de ne pas confondre le descriptif et le narratif. Le
discours descriptif n’obéit à aucun principe de clôture (on ne peut pas le
résumer), ni de logique syntaxique outre que celle qui lui est imposée de
l’extérieur, le sujet qui décrit ayant le rôle d’observateur (les
détails), de savant (il identifie, nomme et classe les événements et
leurs propriétés) et de descripteur (il montre et évoque). De l’autre
côté, le discours narratif a une structure logique sous-jacente à la
manifestation (une épine dorsale narrative) et une structure sémantisée qui
s’appuie sur la structure logique et la transforme. En outre, le sujet qui
narre devient un témoin qui est pris en charge (même d’une manière fictive)
avec le vécu, c’est-à-dire avec ce qui est de l’ordre de l’expérience dans
laquelle on voit comment les êtres se transforment sous l’effet de leurs actes.
|
Composantes |
Procédés discursifs |
Finalité (de la situation de communication) |
Types de textes |
|
NOMMER LOCALISER-SITUER QUALIFIER |
Identification |
Recenser Renseigner |
Inventaire Listes récapitulatives Listes identificatoires Nomenclatures Presses Romains |
|
Construction objective du monde |
Définir Expliquer Inciter Raconter |
Textes de loi Textes didactiques Textes scientifiques Chroniques Mode d’emploi Annonces Récits littéraires Résumés |
|
|
Construction subjective du monde |
Inciter Raconter |
Publicités Déclaration Annonces messages Catalogues Récits journalistiques Chansons Bandes dessinées Textes littéraires |
2. Tableau de types de textes selon
P. Charaudeau [xiii]
Dans le cadre du discours narratif
nous identifions quelques éléments spécifiques. Ainsi, les actants jouent des
rôles narratifs établis, soit par le contexte, soit par leur nature, et
hiérarchisés par l’importance dans la trame narrative de l’histoire (principaux
et secondaires). Par la nature des rôles, on identifie des actants qui agit
(agresseur, bienfaiteur, allié, opposant, rétributeur) d’une manière
in/volontaire ou in/directe, et des actants qui subit (victime,
bénéficiaire). Le discours doit être cohérent, motivé, réalisé par enchaînement
(succession, parallélisme, symétrie, etc.) et fournisseur de repères qui concernent
la localisation dans l’espace, la situation dans le temps et la caractérisation
des actants. Un autre élément spécifique est la présence du narrateur
(écrivain, témoin, personnage) et du lecteur réel ou fictif.
En ce qui concerne les temps verbaux,
le passé simple est le temps du récit :
« Il découvrit une petite grotte au
milieu de la pente presque verticale
d’un des rochers. Il prit sa course, et bientôt fut établi dans cette retraite.
– Ici, dit-il, avec des yeux brillants de joie, les hommes ne sauraient me
faire de mal. – Il eut l’idée de se livrer au plaisir d’écrire ses pensées,
partout ailleurs si dangereux pour lui. Une pierre carrée lui servait de
pupitre. Sa plume volait : il ne voyait rien de ce qui l’entourait. Il
remarqua enfin que le soleil se couchait derrière les montagnes éloignées du
Beaujolais».[xiv]

3. Le
dispositif narratif dans la conception de Patrick Charaudeau [xv]
Cet exemple est parfait pour prouver
encore que la description et le récit ne sont pas des formes du discours
littéraire qui apparaissent distinctement. Ils se mêlent souvent pour donner
expressivité au discours.
4. Le
mode d’organisation argumentatif
Georges Vignaux, dans son œuvre
L’Argumentation[xvi],
distingue entre démonstration et argumentation. Ainsi, la démonstration
relève la valeur de vérité des énoncés en tant que l’argumentation
essaye d’influencer une décision, de déterminer une attitude.
Par exemple, si nous lisons le texte
suivant comment pouvons- nous savoir exactement s’il est argumentatif ou
non ?
« L’Angleterre, ne l’oublions
pas, est la patrie du roman policier Conan Doyle, Agatha Christie, Graham
Greene. La police anglaise est souvent citée en exemple comme l’une des rares
polices civilisées qui soient. Nul juge ne peut retenir un prisonnier sans lui
faire un procès préalable. L’aveu n’est pas non plus reconnu comme un signe de
culpabilité, ce qui évite les tortures puisque la torture n’a pas d’autre but,
mise à part la jouissance sadique d’humilier et de faire souffrir, que
d’arracher l’aveu…
La grande originalité de la police
anglaise et ce pour quoi elle devrait être suivie en exemple par tout pays
civilisé, c’est qu’elle donne au suspect et à l’accusé tous les moyens de se
protéger contre la police. La Justice, en Angleterre, n’est pas un mot en
vain ».[xvii]
En ce sens, P. Charaudeau affirme
que pour parler d’argumentation, il doit d’emblée exister : un propos sur
le monde qui fasse question pour quelqu’un quant à sa légitimité (La police
anglaise est souvent citée en exemple comme l’une des rares polices civilisées
qui soient.), un sujet qui s’engage par rapport à ce questionnement (le
narrateur, dans notre cas) et développe un raisonnement pour essayer d’établir
une vérité sur ce propos (les références au juge, au déroulement du procès
juridique, les mesures qui limitent la possibilité de la police d’abuser de son
pouvoir : elle donne au suspect et à l’accusé tous les moyens de se
protéger contre la police), et un autre sujet qui constitue la cible de
l’argumentation (on s’adresse à lui pour le persuader, sachant qu’il peut
accepter [pour] ou refuser [contre] l’argumentation) ; notre

narrateur
s’adresse au lecteur.
4. L’argumentation dans le rapport
triangulaire [xviii]
Toute relation argumentative se
compose d’au moins trois arguments : une assertion de départ
(donnée, promesse), une assertion d’arrivée (conclusion, résultat) et
une ou plusieurs assertions de passage qui permet de passer d’un
argument à l’autre (inférence, preuve, argument).
Pourtant, l’analyse du discours
argumentatif ne se résume seulement à ces éléments. Il se fait aussi remarquer
par l’intermédiaire des connecteurs logiques, des opérations logiques
(l’analogie, la disjonction compréhensive, l’opposition exclusive etc.) et
argumentatives, mais il ne constitue pas l’objet de notre débat.
Nous pouvons aussi classifier les
types de discours de plusieurs perspectives, par exemple : la relation
établie entre l’énoncé et la situation d’énonciation (Benvéniste), les critères
psychologiques et linguistiques (J.-P. Bronckart), l’évolution historique (M.
Bakhtine), la répartition statistique des traits grammaticaux (D. Biber).
En fonction des modes fondamentaux de structuration qui se combinent
dans les textes, J.-P. Bronckart en distingue quatre types de discours
fondamentaux fondés sur les dichotomies implication vs autonomie et
conjonction (exposer) vs disjonction (raconter) : discours interactif (exposer
/ impliquer),, récit interactif (raconter / impliqué ), discours
théorique (exposer / autonome)et la narration (raconter /
autonome). Ce sont à la fois des types linguistiques (ils
mobilisent en chaque langue des éléments spécifiques) et des architypes
psychologiques, indépendants des langues particulières. R. Bouchard suivit
les mêmes aspects dans son analyse, mais
il en distingue neuf types fondés sur trois critères :
sémantico-référenciel (narratif, descriptif, expositif), énonciatif (intervention,
discours écrit, réalisations orales ou écrites) et pragmatique (injonctif,
explicatif, argumentatif).
Si on prend en discussion la relation établie entre l’énoncé et sa
situation d’énonciation, avec ses trois pôles (interlocuteurs, moment, lieu de
l’énonciation), on arrive à la typologie de Benvéniste qui distingue entre discours
et histoire, c’est-à-dire entre un plan embrayé (il se rapporte è la
situation d’énonciation) et un plan non-embrayé (l’énoncé est distinct de la
situation d’énonciation). Les activités de paroles effectives sont nommées le
plus souvent des genres de discours ou des genres de textes. Mais
une classification rigide de ces genres est, selon J.-P. Bronckart, impossible
car « ces genres s’adaptent en permanence à l’évolution des enjeux socio-
communicatifs et ils sont dès lors porteurs de multiples indexations sociales.
Ils sont organisés en nébuleuses, aux frontières floues et mouvantes »[xix].
Cela veut dire que les critères homogènes tels : le statut des
participants, le médium, la finalité, le lieu et le moment, l’organisation
textuelle sont les uniques éléments qui puissent intervenir pour réaliser
l’analyse et la classification des genres, mais seulement à l’intérieur d’un
domaine délimité.
Certains chercheurs proposent de distinguer quelques grands types liés
aux genres de discours particuliers. Selon M. Bakhtine, on identifie, en
fonction de l’évolution historique, des genres premiers (ceux des
interactions de la vie quotidienne) et des genres secondes (ceux des
discours littéraires, scientifiques, etc.) qui résultent d’une complexification
des genres premiers. Étant donné le point de vue spécifique de l’analyse de
discours, dans l’action d’identification des typologies du discours, on doit y
associer aussi des propriétés linguistiques et des contraintes liées aux genres
de discours.
Bibliographie
Charaudeau,
Patrick, Grammaire du sens et de l’expression, Hachette, Paris,
1992
Foucault, Michel, Archéologie du savoir, Gallimard, Paris,
1969
Maingueneau, D. et P. Charaudeau, Dictionnaire d’analyse du discours,
Seuil, Paris, 2002
Robrieux, Jean-Jacques, Rhétorique et argumentation, Nathan, Paris, 2000
Vignaux, Georges, L’Argumentation, Libraire Droz,
Genève-Paris, 1976
Corpus de textes
Delafasse,
Georges, Notions élémentaires
d’histoire naturelle. Zoologie, Hachette, Paris, 1984
Stendhal,
L’abbesse de Castro et autres chroniques italiennes, Pocket, 1996
Baudelaire,
Petits poèmes en prose en Recueil de textes littéraires, XIX-e siècle,
A. Chassang et Ch. Senninger, Hachette, Paris, 1985
Stendhal, Le rouge et le noir,
Classiques Larousse, Paris, 1986
Ragon,
Michel, J’ai vu vivre Angleterre, Fayard, 1960
Zola, Emile, Germinal, Bordas, Paris, 1973
NOTES
[i] Patrick Charaudeau, Grammaire
du sens et de l’expression, Hachette, Paris, 1992, p.635
[ii] Michel Foucault, Archéologie
du savoir, Gallimard, 1969, p.154
[iii] Patrick Charaudeau, op. cit., p. 633
[iv] Patrick Charaudeau, op.cit., p. 651
[v] G. Delafasse, Notions élémentaires d’histoire naturelle. Zoologie, Hachette, Paris, 1984, p.13
[vi] Emile Zola, Germinal, Bordas, Paris, 1973, p.39
[vii] Patrick Charaudeau, op.cit., pp.659-660
[viii] Ibidem p.661
[ix] Stendhal, L’abbesse de Castro et autres chroniques italiennes, Pocket, 1996, p.21
[x] P. Charaudeau, op.cit., p.663
[xi] Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose dans Recueil de textes littéraires, XIX-e siècle, A. Chassang & Ch. Senninger, Hachette, Paris, p.475
[xii] P. Charaudeau, op.cit., p.664
[xiii] Patrick Charaudeau, op. cit., p. 686
[xiv]
Stendhal, Le rouge et le noir, Recueil de textes littéraires, XIX-e
siècle, A. Chassang & Ch. Senninger, Hachette, Paris, p.296
[xv] Patrick Charaudeau, op. cit., p. 756
[xvi] Georges Vignaux, L’Argumentation, Libraire Droz, Genève-Paris, 1976, p.27
[xvii] Ragon,
Michel, J’ai vu vivre Angleterre, Fayard, 1960, p.35
[xviii] Patrick Charaudeau, op. cit., p. 784
[xix] apud: D. Maingueneau et P. Charaudeau, Dictionnaire d’analyse du discours, Seuil, Paris, 2002, p.595; J.-P. Bronckart, Activité langagière, texte set discours. Pour un interactionnisme socio-discursif, Delachaux&Niestlé, Lausanne, 1996